Modus Operandi de la gouvernance urbaine – Lara Paris

De l’art de bâtir les villes, des anciens traités aux programmations les plus récentes, l’espace public est au coeur de la préoccupation des architectes, des urbanistes et des politiques. Sa production résulte d’une l’action menée par un nombre croissant des acteurs publics et privés, dont les spécialités déterminent leurs modes d’agrégation, le processus de fabrication. Periferi se joint avec un grand intérêt au workshop proposé par Ecumene-Studio à Tunis pour opérer sur la mise en oeuvre (Lascoumes,2007) de nouveaux projets.

Depuis l’Indépendance et précisément la période de la transition démographique jusqu’à nos jours, les politiques urbaines ont été le support de politiques publiques qui ont accompagnée les grandes transformations sociales et économiques de nos sociétés.

La ville avec pour fonction majeure l’échange, a vu se succéder différents régimes d’économie politique. Périodiser son développement et considérer l’agglomération et ses flux (Krugman,1999), renseignent sur le degré d’ouverture de la ville et la nature de ses échanges (Thisse,2005).
Trois phases se distinguent. Le régime socialiste, avec un système collectiviste, a décrit un premier échelon national. Puis, la libéralisation des politiques, en passant des Plans d’Ajustement Structurel vers la sollicitation de capitaux étrangers, a caractérisé l’échelon international. Enfin, les politiques néo-libérales, avec “l’urbanisme de projet” (Chabbi,2012), ont rejoint le réseau des villes mondiales.

Nous serons particulièrement attentifs tout au long de ce workshop au modus operandi de la gouvernance urbaine dans un contexte où l’économie est toujours plus financière et dématérialisée. Les nouveaux interfaces urbains (Dlala,2011) façonnés par des hubs, aux techniques de benchmarking et stratégies d’investissements bien rodés, ne relevent pas les enjeux pour tous les habitants et même fragilisent fortement la structure urbaine.

Si la maîtrise de la gestion urbaine a développé des outils rationnels (Scott,1998) pour son action, la standardisation des énoncés n’a pas pris en considération de nombreuses externalités négatives. En effet, en l’absence de la connaissance des comportements, une partie de la population échappe aux dites “catégories” et les interactions entres les personnes sur les espaces publics ne jouent pas le rôle qui est attendu.
Le diagnostic que nous allons faire doit renseigner sur les parcours de vie (âge, sexe, culture, situation professionnelle et familiale) et constituer notre matière première pour notre reflexion sur de nouveaux usages compatibles avec le maintien des activités sur l’espace public. L’histoire contemporaine du Peuple de la ville de Tunis rappelle à notre mémoire que si les activités sur l’espace public sont partagées par toutes et tous, elles sont garantes de sa perennité.

Cette approche “bottom-up” donne la priorité à un travail sur les unité de voisinage et à des formes de cohésion sociale sur l’espace public. La durabilité à la fois sociale, économique et environnementale oriente notre travail vers la définition d’un ou plusieurs écosystèmes (Menascé,2017). Les possibilités et formes de relations entre les habitants doivent configurer une ou des capabilités (Sen,1985).
L’individu est au coeur de nouveaux usages, et il est à même d’accueillir dans son milieu, dans son “habitus” (Bourdieu,1992), l’innovation technique. L’écosystème permet sa mise en réseau avec l’ensemble de la ville grâce à la création de “datas environnementales” (utilisation de l’energie, de l’eau, de la connectivité ou encore la gestion des dechets, du traffic). Cette programmatique donne la priorité aux relations entre individus et à une approche dite inclusive; inédite, elle ouvre une nouvelle page sur les villes intelligentes et à un rapport cognitif à l’utilisation de l’innovation.

En attendant de vous retrouver dans une prochaine session, bon travail à tous!

Auteur: Lara Paris, Architecte – Urbaniste Experte, consultante en développement durable. Periferi.org

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